Le cinéma écolo est à la mode. Après Home de Yann Arthus-Bertrand et Ωcéans de Jacques Perrin et Jacques Cluzaud (dont je n’ai vu que la bande-annonce, mais que l’on ne cesse de me conseiller), une collaboration germanique réalise un documentaire, financé en grande partie par les dons de particuliers et sponsors, traitant du sujet du business de l’eau : Water Makes Money.

Water Makes Money

Contrairement aux deux autres films précédemment cités qui traitent de la pollution et de l’impact humain sur la nature avec poésie pour émouvoir et sensibiliser, Water Makes Money, tel le grand Émile Zola dans toute sa splendeur, accuse !

Le documentaire est brut, sans effets ni lumières, mais sa frappe par sa pertinence et la triste réalité de ses propos ; des multinationales sans scrupule escroquent les usagers et pourrissent l’eau de la planète au nom du sacro-saint chiffre d’affaire. Ces entreprises mises en cause sont Veolia et Suez, partenaires publics responsables (entre autres) de la distribution en eau potable de nombreuses villes dans le monde entier.

L’un des intervenants principal de ce film est Jean-Luc Touly, ancien directeur administratif chez Veolia, qui a fait de la lutte contre la marchandisation de l’eau son fer de lance. Auteur d’un ouvrage sur le sujet, il y dénonce la corruption, les fraudes, trafics d’influence, escroqueries et autres malversations. Pour empêcher la publication de ce livre, son ex-employeur lui a proposé un million d’euros ! Mais fidèle à ses valeurs, et contrairement à bien d’autres, Jean-Luc Touly a refusé cette offre et subi depuis plusieurs procès pour diffamation, intentés par Veolia, qu’il a tous gagné.

Si Suez tente de se rattraper, avec plus ou moins de maladresse, aux branches, Veolia, elle, multiplie les attaques et souhaite aujourd’hui interdire la diffusion de Water Makes Money programmée le 22 mars sur la chaîne franco-allemande Arte — grâce lui en soit rendu. Bien stupide idée étant donné la conséquence inévitable du désormais quasi-scientifique « effet Streisand ». Parce qu’il y a en France un nombre incalculable de cons comme moi qui aiment à penser ; « si c’est interdit, c’est donc trop cool ».

Il est à savoir que si le documentaire, qui traite en grande partie des actions de Suez et Veolia en France, a été réalisé par des Teutons, ce n’est pas parce que ces sociétés sont dirigées par des juifs qu’ils voudraient voir couler, mais par ce que les chaînes et journalistes français ayant déjà tenté de réaliser un reportage sur le sujet ont subi assez de pressions et chantages pour leur faire fermer leur grande gueule de mouchards. Nanmého ! Ils se croient dans un pays libre ou quoi ?

Un film à voir, à acheter, à télécharger, à découvrir et à faire découvrir.
Projections, renseignements, dons et autres théories du complot sur le site officiel du film.

Publicités

Creative CommonsLe droit d’auteur reconnaît à un artiste la paternité de son œuvre et lui en assure l’intégrité ainsi que l’exclusivité de son exploitation commerciale pour une durée variable au terme de laquelle celle-ci entre dans le domaine public.

STOP !

Mais où est le problème ? Pourquoi donc se bat-on actuellement à grand renfort de lois inapplicables et d’actions cyber-terroristes ? Cette définition du sujet me semble parfaite. Ah oui mais non. J’oubliais le facteur pognon. Je m’explique.

L’accès à la culture devrait être un droit et non le privilège de ceux qui en ont les moyens. Cependant il est normal pour un artiste d’être payé pour son travail comme tout un chacun. Le piratage d’œuvres d’art, sous quelque forme que ce soit, nuit donc théoriquement à la création, et par extension, à notre héritage culturel futur.

Malheureusement, certains ont vu dans le principe du droit d’auteur un moyen de gagner beaucoup d’argent sur le dos, et des artiste, et des consommateurs. Aujourd’hui par exemple, si je veux acheter un album de Serge Gainsbourg — grand homme s’il en est — sur une plate-forme de téléchargement légal… Bordel à culs ! Cherchez l’erreur !

Cela fait 20 ans que Gainsbourg est mort et enterré. Et si je suis parfaitement d’accord avec le fait de rémunérer un artiste de son vivant pour qu’il puisse vivre de son art et continuer à créer, je refuse d’engraisser sans mot dire ses héritiers et les majors qui régissent le monde de la musique. Et quand bien même je souhaiterais acheter un disque dudit chanteur, je n’accepterais de payer que la fabrication et l’impression du support. Quoi de plus logique ? Mais non, la loi française est ainsi faite que 70 ans après la mort d’un artiste ses œuvres sont encore la propriété des producteurs, maisons de disques et autres sangsues sans vergogne qui tentent inlassablement encore et toujours de prolonger ce droit qu’ils s’octroient par de viles et discrètes actions en justice.

Ce système est le vestige d’une époque révolue et n’a jamais évolué pour s’adapter au monde actuel qui lui est moins profitable. Avant l’avènement d’Internet les éditeurs d’un artiste profitaient de ses droits post-mortem pour, soit-disant, rentabiliser leur investissement dans la création. Il est inutile d’ajouter que si cette dernière avait auparavant connu un franc succès, étant donné le pourcentage incroyablement élevé déjà prélevé sur les œuvres et leurs produits dérivés, ces droits perçus pendant 70 ans n’étaient que pur bénéfice. Aujourd’hui, grâce au réseau étendu qu’est la Toile, l’information circule différemment et l’influence des maisons de production se voit de jour en jour diminuée. Ces principes désuets n’ont plus leur place ici-bas. Lorsque j’achète un morceau de musique en ligne fait par un artiste encore vivant, je souhaite reverser l’intégralité de la somme que je débourse à celui qui en est à l’origine ; je considère ne rien devoir aux profiteurs qui ne font qu’héberger le titre en question et préfère ainsi garder mon argent pour assister aux concerts des chanteurs et musiciens que j’apprécie.

L’industrie du cinéma, elle, n’est pas en reste. La simple diffusion d’un film en salle, dont le prix des places est scandaleusement élevé et ne cesse d’augmenter, suffit à assurer aux propriétaires des droits d’une œuvre cinématographique d’énormes bénéfices par rapport à son coût initial. À moins bien sûr que le film en question ne soit qu’un blockbuster navrant et que l’on soit obligé d’en imprimer précipitamment le DVD pour ne pas rester déficitaire (non j’ai pas dit Avatar). Bref. Mais alors que l’achat d’un billet de théâtre ou de concert donne le droit à la représentation en direct d’une performance artistique, celui de cinéma ne permet d’assister qu’à la rediffusion de cette œuvre, aussi grand soit l’écran, perfectionné soit le système de son et peu coupées à l’eau soient les boissons gazeuses. Ce qui devrait, en théorie, en amoindrir la valeur. Sachant également qu’il suffit d’attendre la sortie d’un film en DVD pour avoir le loisir de le visionner à loisir (et sans irrespectueux cinéphiles à ses côtés) pour un prix quasiment identique sachant que celui des places en salle augmentera bientôt suite au passage du système de projection de la pellicule au numérique « parce que la diffusion coûtera ainsi moins cher. » Hein ? Le fait de payer son entrée en salle devrait, aussi bien pour le cinéma que pour le théâtre et les concerts, donne le droit de posséder légalement cette œuvre sur quelque support que ce soit sans avoir à débourser le moindre supplément.

Il en est de même pour la télévision et la radio. Les chaînes et stations payent les ayant-droit pour diffuser séries, films, documentaires, musiques et spectacles. Et nous payons ces chaînes par le biais de la redevance audiovisuelle pour avoir le droit de profiter de leur contenu. Les opérateurs privés de radiodiffusion et télévision font, eux, d’assez conséquents bénéfices grâce à la publicité, de plus en plus présente et imposée, et ces numéros surtaxés que des millions d’abrutis appellent pour que Tatiana, la sulfureuse blonde peinturlurée comme une voiture volée achève avec une hache (tapez 1), une tronçonneuse (tapez 2) ou en lisant Da Vinci Code (tapez 3) Jérémy, le faux gay avec tellement de plumes dans le cul qu’il ferait mouiller une paonne ménopausée, dans Killer Story Academy.

L’ordinateur est le nouveau magnétoscope : je considère que la redevance que je paye m’autorise à télécharger gratuitement et légalement le dernier épisode de la rediffusion de la première saison de Pokémon sur Gulli que j’ai raté parce que je travaillais plus pour gagner plus, celui où Pikachu met sa race à la Team Rocket. Idem pour le dernier tube de Lady GaGa diffusé sur Nostalgie ou la saison 38 des Experts : Pont-de-Buis-les-Quimerc’h.

Et qu’en est-il des œuvres littéraires ? Les ventes en librairie et les droits d’adaptation télévisuels ne suffisent-ils pas à faire vivre leurs auteurs ? Amoureux moi-même de la lecture depuis mon plus jeune âge, je dépense une grande partie de mes revenus dans l’achat de livres pour avoir le plaisir de les tenir entre mes mains, les corner, les salir et les annoter, les prêter et celui de les contempler faisant plier mes bibliothèques sous leur poids. Le monde de l’édition est tout aussi pervers que les autres industries artistiques. Certains auteurs ne touchent pas le moindre centime sur leurs ventes. Et quant aux autres… J. K. Rowling a-t’elle vraiment besoin d’être plus riche que la reine d’Angleterre ? Il serait formidable que tous ces jeunes de la nouvelle génération, de ma génération, aient accès à la lecture de manière plus aisée plongés dans laquelle ils passeraient peut-être un peu plus de temps au lieu de s’abrutir devant MTV ou une console de jeux vidéos. Quitte à lire le dernier Twilight. Ce n’est pas encore Appolinaire, mais c’est toujours mieux que rien. Mieux vaut être un pirate cultivé qu’un honnête citoyen con comme un balai (pléonasme ?).

Concernant la peinture, la sculpture et l’art en général, il est heureux de constater que l’accès aux musées nationaux est gratuit pour les moins de 26 ans, mais ce n’est pas assez. En effet, que diriez-vous si l’on vous faisait payer l’accès au Monoprix du quartier quand bien même vous n’y achèteriez rien ? Et bien c’est exactement la même chose. À l’instar du fait que je sois immensément heureux de savoir que le dernier Alfred Musso est enfin disponible au rayon librairie de mon supermarché préféré sans toutefois avoir la moindre intention de dépenser un seul euro pour lire de pareilles conneries (Facebook est là pour ça), je souhaite pouvoir errer librement dans une galerie d’art pour me demander à loisir pourquoi tel artiste contemporain n’est pas encore sous sédatif dans un asile de haute sécurité, ou revoir avec plaisir, et autant que je le souhaite, les œuvres classiques de grands peintres ou photographes. Si j’en avais les moyens, cela ferait belle lurette que Le cri de Munch ornerait le mur de ma salle de bain en lieu et place du miroir qui surplombe mon lavabo. Mais jusqu’à ce que vienne ce jour béni, je revendique un libre accès à la culture sous toutes ses formes. Quoi de plus normal ?

Et parce que le téléchargement illégal n’a pas que des mauvais côtés, c’est grâce au piratage que survivent encore des œuvres magnifiques, ignoblement censurées par notre bon gouvernement ou les éditeurs qui refusent de les diffuser, telles que The Man from Earth de Jerome Bixby, Le nécrophile, moyen-métrage de Phillipe Bassarat (article à venir) ou encore Maladolescenza (on verra pour celui-là), diffusé sur Arté malgré l’interdiction le concernant pour son immoralité, très controversé mais non moins intéressant d’un point de vue psychologique. En 2010, l’album Recovery du rappeur Eminem est disponible en téléchargement illégal plus de deux semaines avant sa sortie officielle. Cela ne l’empêche pas de réaliser la meilleure vente de disques en une semaine depuis 2008 avec 1 100 000 exemplaires écoulés dans le monde entier. Il a aujourd’hui dépassé les 7 millions d’albums vendus. Une récente étude japonaise prouve même que le piratage des dessins animés (mangas) favorise la vente physique de DVD. Faut arrêter alors de nous prendre pour des cons à nous sortir d’on ne sait où des chiffres comme quoi les industries du disque et du cinéma ont perdu des milliards de dollars l’année passée la faute aux vilains méchants internautes.

Et à côté de ça des sociétés privées s’en foutent plein les fouilles grâce à la Hadopi et dérivés qui poussent l’internaute lambda vers des plate-forme de téléchargement payantes, mais sécurisées, et l’utilisation de VPN, ou encore les sites de streaming contre lesquelles on ne peut légalement et techniquement rien faire. Le téléchargement illégal n’est pas du vol, contrairement à ce qu’affirment nombre de politiques et ayants-droit, c’est de la copie. Le vol est par définition une soustraction, alors que la copie est une addition. Cela ne doit pas justifier toutes les dérives, mais au contraire encourager les personnes concernées par ce problème à trouver une solution adaptée à l’ère numérique que nous vivons. D’autant plus qu’un gamin qui pique un CD dans un supermarché risque tout au plus de se faire réprimander par un agent de sécurité qui le menacera d’appeler ses parents en cas de récidive, alors qu’un pirate s’expose à de très fortes amendes, la coupure de sa connexion Internet et une peine de prison ferme.

Concernant le téléchargement, légal celui-ci, en 1995 si je ne m’abuse, Stephen King utilise Internet pour diffuser gratuitement sa nouvelle Un tour sur le bolid’ qui sera par la suite publiée en 2001 dans le recueil Tout est fatal (mon premier download avec ma toute nouvelle connexion Internet). L’initiative est un succès immédiat en termes de téléchargements et de ventes de livres. Cette opération, orchestrée uniquement à des fins publicitaires, est pourtant l’application d’une philosophie apparue peu de temps auparavant sur le Réseau. En 2008, le créateur du projet Nine Inch Nails sort son album Ghosts I-IV. Malgré le fait qu’il soit diffusé sur Internet sous la licence Creative Commons BY-NC-SA, donc gratuitement, les ventes d’Amazon pour ce disque explosent et battent tous les records. En 2009, Marc Cerrone, flatté d’être piraté et anti-Hadopi notoire, propose son dernier opus Cerrone by Jamie Lewis en téléchargement gratuit. Il en résulte 50 000 téléchargements et 120 000 ventes. Pourquoi ? Parce que les gens ont voulu encourager l’initiative. Parce que beaucoup ont téléchargé pour découvrir et ayant aimé, décident de récompenser l’artiste pour son travail. C’est la preuve que les valeurs du partage et de la Liberté ne sont pas à sens unique et sont un moyen de gestion de la culture adapté à notre époque.

Aujourd’hui, nombre de créateurs publient gratuitement des œuvres sur la Toile (bédés, écrits, musique, etc.) et cela ne les empêche pas de vivre de leur art ou d’arrondir leurs fins de mois (selon leur popularité) en vendant à côté livres et disques. Quelques rares éditeurs comme InLibroVeritas proposent même aux écrivains la diffusion libre et gratuite de leurs ouvrages sachant que la vente physique se suffit financièrement à elle-même. C’est aussi un moyen pour les artistes dont les créations se sont vu refusées par les éditeurs et producteurs d’avoir à leur disposition un support de diffusion et de se faire connaître du public. Je vous recommande soit dit en passant Fatal de Michaël Youn qui, qu’on aime le personnage ou pas, est une formidable critique du monde pourri de la jet set et de l’industrie du spectacle.

Et parce que j’ai la prétention d’être un révolutionnaire, et non un simple contestataire, voici la solution (ma solution) au problème que pose le droit d’auteur en France sans avoir recours à des absurdités comme la Hadopi qui englouti les millions du contribuable pour une efficacité, somme toute, très relative :

  • une œuvre tombe dans le domaine public immédiatement suite au décès de son créateur
  • créer une autorité ou une association à but non lucratif chargée de faire le lien entre les artistes et les éditeurs, ceux-ci se partageant les revenus entre le droit d’auteur et le coût de fabrication du support, sans passer par l’intermédiaire des majors
  • voir un film au cinéma, assister à un spectacle ou acheter un livre donne le droit d’en télécharger la version numérique gratuitement et légalement
  • payer la redevance audiovisuelle donne le droit de télécharger gratuitement et légalement tout ce qui est diffusé par les opérateurs de radiodiffusion et télédiffusion
  • l’accès aux musées nationaux est gratuit pour tous
  • le partage de ces œuvres, soumis aux conditions précédentes, est parfaitement légal
  • l’utilisation d’œuvres numériques, acquises légalement, à des fins commerciales, si elles ne sont pas tombées dans le domaine public, est strictement interdit et sévèrement puni par la loi

Bien peu de choses en vérité, mais tant pour la préservation de notre patrimoine culturel.

Je conclurais cet article sur cette récente citation du réalisateur Francis Ford Coppola qui prône la création pour l’amour de l’art :

« Vous devez vous rappeler que ça ne fait que quelques centaines d’années que les artistes travaillent avec de l’argent. Les artistes n’ont jamais eu d’argent. Les artistes avaient un patron, soit le chef de l’État, le duc de Weimar ou encore l’église et le pape. Ou alors, les artistes avaient un autre emploi. J’ai un autre emploi. Je fais des films. Personne ne me dit quoi faire. Mais je fais de l’argent dans l’industrie du vin. L’idée que Metallica ou n’importe quel chanteur de rock & roll puisse devenir riche ne devrait pas nécessairement se produire à nouveau. Parce que nous entrons dans un nouvel âge, l’art sera peut-être gratuit. Peut-être que les étudiants ont raison. Ils devraient être en mesure de télécharger de la musique et des films. Je vais sans doute être fusillé pour avoir dit cela. Mais qui a dit que l’art devait coûter de l’argent ? Et surtout, qui a dit que les artistes devaient faire de l’argent ? »

Maya l’abeilleMaya l’abeille est l’allégorie parfaite de l’anarchiste libre de pensée et devoirs. Pour une fois que la télévision ne fut pas utilisée sur nos jeunes à des fins mentalement réductrices, tâchons de nous y intéresser. Inspirée du roman Maya l’abeille et ses aventures écrit en 1912 par l’Allemand Waldemar Bonsels, la série Maya l’abeille, diffusée pour la première fois en France en 1978, retrace les folles aventures du petit insecte dans sa découverte du monde. Chaque épisode est prétexte à de nouvelles rencontres et péripéties, mais inculque aux téléspectateurs bien plus qu’il n’en semble de prime abord. Le premier épisode de la série, La naissance de Maya, est le plus représentatif de ce symbolisme.

Des les premières minutes du dessin animé Maya, déjà pas chiante, se distingue des autres abeilles en venant au monde en retard par rapport à ses camarades issus de la même ponte qu’elle. Une fois décidée à quitter son alvéole, aidée en cela par une abeille adulte dissimulant mal son énervement, la petite retardataire explique alors qu’elle faisait un « beau rêve. »

« Une abeille qui rêve, on n’a jamais vu ça ! » rétorque alors l’abeille qui se trouve être sa future institutrice. Triste réalité que cette stupide habitude que semblent avoir en commun les parents ou le corps enseignant, autorité absolu pour un gamin, de vouloir à tout prix les confronter à la cruauté du monde qui les entoure, détruisant ainsi irrémédiablement leur innocence, leur pureté et leur capacité à rêver. Les enfants, abasourdis par l’absurdité de ce qui semble être un fait avéré dans le monde des abeilles, ne peuvent alors que se prendre d’affection pour la petite abeille en qui ils se reconnaissent chaque fois qu’un adulte met fin à leurs jeux pour les ramener brutalement à la dure réalité de la vie. En effet, que reste-t’il à un petit garçon s’il ne peut plus brandir un bâton trouvé au sol pour devenir un pirate abordant un galion espagnol ou un chevalier Jedi combattant les forces du mal ? À une fillette si les tasses de thé qu’elle sert à ses peluches sont réellement vides ou si le prince charmant doit se cantonner aux pages des contes de fée ? Rien. Strictement rien d’autre que la violence d’un univers auquel ils ne comprennent encore pas grand-chose.

Sur le chemin qui mène à la salle de classe où la conduit mademoiselle Cassandre, la petite abeille, curieuse, ne cesse de poser des questions sur tout ce qui l’entoure. Aux réponses qui lui semblent aberrantes, elle propose solutions et alternatives. Et saisi la moindre occasion d’échapper à la surveillance de sa maîtresse pour approcher de près les merveilleuses choses qu’elle découvre à chaque instant : Maya veut savoir. Cette adulte qui l’accompagne n’est-elle pas censé être la gardienne de la culture et de la connaissance ? L’institutrice ne sait en réalité que bien peu de choses et la petite abeille reste sur sa faim. Il sera difficile de l’intégrer au sein de cette société institutionnalisée par une forme de travail et de pensée préformatée desquels est proscrite toute tentative d’individualisation. Tant mieux !

L’auteur du dicton populaire « La curiosité est un vilain défaut. » mériterait d’être condamné à se faire râper la face contre un mur tout crépifié. Un enfant doit être curieux, c’est impératif. Et les grandes personnes de son entourage se doivent de l’y encourager en répondant aux questions qu’il posera inlassablement, même les plus idiotes. Et s’ils en sont incapables, de reconnaître leur ignorance et de l’amener à faire par lui même les recherches nécessaires à la découverte de la vérité. Brider l’imagination et la soif de connaissance de la nouvelle génération ainsi que le fait notre société par l’injection massive d’informations inutiles dans ces jeunes têtes jusqu’à l’indigestion, voire la surdose, ne peut mener qu’à une seule issue : la stagnation d’un système déjà dépassé qui mourra asphyxié d’un manque total d’idées fraîches et novatrices.

À l’école des abeilles, le premier cours est destiné à inculquer la peur aux jeunes insectes. La peur du monde extérieur qu’il devront affronter pour travailler au profit de la ruche. La peur de l’inconnu qui ne peut que leur être néfaste. La peur d’insectes différents d’eux. Maya n’en a cure et profite de la première opportunité qui lui est offerte pour quitter la salle de classe et observer de ses propres yeux cet univers si redouté.

La peur de l’étranger, de la mort, de la souffrance… est une arme bien redoutable et efficace qui tient, et tient encore, des populations entières sous le joug de tyrans impitoyables sans que personne ne songe une seule seconde à se révolter. Aujourd’hui en France, c’est la peur du chômage, des bougnoules délinquants et violeurs, du terrorisme, etc. qui ferme les gueules et abaisse les poings tendus. Le contrôle par la terreur. Nous vivons sous le règne « démocratique » de profiteurs manipulateurs.

Heureusement notre amie Maya, indisciplinée et incroyablement têtue, refuse en bloc les idées préconçues que l’on tente de lui imposer, et préfère laisser libre cours à sa curiosité naturelle pour obtenir les réponses aux questions qui l’intéressent. Et dès le deuxième épisode, Maya prend la décision de s’affranchir des règles et devoirs qui régissent la vie d’une abeille à la ruche pour prendre son indépendance, et voler, au sens propre du terme, de ses propres ailes afin de découvrir le monde par elle-même.

C’est un magnifique exemple de Liberté que nous donne ce dessin animé empreint de candeur et de poésie.

Au fil des épisodes Maya fera la rencontre d’insectes de toute sorte qui, chacun, auront une leçon de vie à lui donner. Elle sera accompagnée tout au long de ses aventures par Flip la sauterelle et Willy l’abeille. Le premier, un vagabond marginal dont la philosophie laisse parfois à désirer de par son manque de réalisme, son mentor et protecteur. Et le second, meilleur ami de la petite héroïne, lâche, pleutre, paresseux et gourmand, toujours prêt à passer outre ces défauts pour sortir son amie Maya des situations désastreuses dans lesquelles elle arrive à se fourrer avec plus de facilité qu’une petite bite dans le cul d’un acteur porno gay.

Quelques citations tirées du premier épisode de Maya l’abeille (par ordre chronologique) qui m’ont tantôt ému, tantôt choqué, et dont je vous laisse en tirer les conclusions qui s’imposent.

Soldat — « On nous donne des ordres, il faut bien qu’on obéisse.
Mademoiselle Cassandre — […] il faut aussi savoir distinguer entre les ordres intelligents et les ordres idiots.
Soldat — Ça mademoiselle vous nous l’avez pas appris… »

Maya — « Pourquoi vous m’avez donné ce nom ?
Mademoiselle Cassandre — C’est parce que tout le monde doit avoir un nom, c’est pour ça. »

Mademoiselle Cassandre — « Fini les rêves, maintenant il faut entrer dans la vie. »

Maya — « Pourquoi est-ce qu’elles font ça ?
Mademoiselle Cassandre — Parce que nous, les abeilles, nous l’avons toujours fait.
Maya — Bah c’est pas une réponse ça. »

Mademoiselle Cassandre — « Parce que tu es trop petite pour tout savoir. Voilà pourquoi. »

Maya — « De l’autre côté il y a le monde et moi j’ai pas le droit de le voir. »

Mademoiselle Cassandre — « Ce monsieur c’est Flip, la sauterelle. C’est une sorte de vagabond, c’est un type un peu à part. Il n’est pas du tout comme les abeilles. »

Mademoiselle Cassandre — « Les abeilles ne viennent pas au monde pour bavarder mais pour travailler. »

Mademoiselle Cassandre — « À l’extérieur il y a plein de dangers qui vous guettent. »

Maya — « Bin si c’est ça le monde, il n’y a pas de quoi s’émerveiller… »

Maya — « Si le monde est toujours aussi gai, et le ciel aussi bleu, ça vaut la peine. »

Maya — « J’ai rien fait de mal, je voulais seulement voir le monde. »

Une série d’animation à découvrir absolument, adulte ou enfant. Il n’est jamais trop tard pour s’évader.