Maya l’abeilleMaya l’abeille est l’allégorie parfaite de l’anarchiste libre de pensée et devoirs. Pour une fois que la télévision ne fut pas utilisée sur nos jeunes à des fins mentalement réductrices, tâchons de nous y intéresser. Inspirée du roman Maya l’abeille et ses aventures écrit en 1912 par l’Allemand Waldemar Bonsels, la série Maya l’abeille, diffusée pour la première fois en France en 1978, retrace les folles aventures du petit insecte dans sa découverte du monde. Chaque épisode est prétexte à de nouvelles rencontres et péripéties, mais inculque aux téléspectateurs bien plus qu’il n’en semble de prime abord. Le premier épisode de la série, La naissance de Maya, est le plus représentatif de ce symbolisme.

Des les premières minutes du dessin animé Maya, déjà pas chiante, se distingue des autres abeilles en venant au monde en retard par rapport à ses camarades issus de la même ponte qu’elle. Une fois décidée à quitter son alvéole, aidée en cela par une abeille adulte dissimulant mal son énervement, la petite retardataire explique alors qu’elle faisait un « beau rêve. »

« Une abeille qui rêve, on n’a jamais vu ça ! » rétorque alors l’abeille qui se trouve être sa future institutrice. Triste réalité que cette stupide habitude que semblent avoir en commun les parents ou le corps enseignant, autorité absolu pour un gamin, de vouloir à tout prix les confronter à la cruauté du monde qui les entoure, détruisant ainsi irrémédiablement leur innocence, leur pureté et leur capacité à rêver. Les enfants, abasourdis par l’absurdité de ce qui semble être un fait avéré dans le monde des abeilles, ne peuvent alors que se prendre d’affection pour la petite abeille en qui ils se reconnaissent chaque fois qu’un adulte met fin à leurs jeux pour les ramener brutalement à la dure réalité de la vie. En effet, que reste-t’il à un petit garçon s’il ne peut plus brandir un bâton trouvé au sol pour devenir un pirate abordant un galion espagnol ou un chevalier Jedi combattant les forces du mal ? À une fillette si les tasses de thé qu’elle sert à ses peluches sont réellement vides ou si le prince charmant doit se cantonner aux pages des contes de fée ? Rien. Strictement rien d’autre que la violence d’un univers auquel ils ne comprennent encore pas grand-chose.

Sur le chemin qui mène à la salle de classe où la conduit mademoiselle Cassandre, la petite abeille, curieuse, ne cesse de poser des questions sur tout ce qui l’entoure. Aux réponses qui lui semblent aberrantes, elle propose solutions et alternatives. Et saisi la moindre occasion d’échapper à la surveillance de sa maîtresse pour approcher de près les merveilleuses choses qu’elle découvre à chaque instant : Maya veut savoir. Cette adulte qui l’accompagne n’est-elle pas censé être la gardienne de la culture et de la connaissance ? L’institutrice ne sait en réalité que bien peu de choses et la petite abeille reste sur sa faim. Il sera difficile de l’intégrer au sein de cette société institutionnalisée par une forme de travail et de pensée préformatée desquels est proscrite toute tentative d’individualisation. Tant mieux !

L’auteur du dicton populaire « La curiosité est un vilain défaut. » mériterait d’être condamné à se faire râper la face contre un mur tout crépifié. Un enfant doit être curieux, c’est impératif. Et les grandes personnes de son entourage se doivent de l’y encourager en répondant aux questions qu’il posera inlassablement, même les plus idiotes. Et s’ils en sont incapables, de reconnaître leur ignorance et de l’amener à faire par lui même les recherches nécessaires à la découverte de la vérité. Brider l’imagination et la soif de connaissance de la nouvelle génération ainsi que le fait notre société par l’injection massive d’informations inutiles dans ces jeunes têtes jusqu’à l’indigestion, voire la surdose, ne peut mener qu’à une seule issue : la stagnation d’un système déjà dépassé qui mourra asphyxié d’un manque total d’idées fraîches et novatrices.

À l’école des abeilles, le premier cours est destiné à inculquer la peur aux jeunes insectes. La peur du monde extérieur qu’il devront affronter pour travailler au profit de la ruche. La peur de l’inconnu qui ne peut que leur être néfaste. La peur d’insectes différents d’eux. Maya n’en a cure et profite de la première opportunité qui lui est offerte pour quitter la salle de classe et observer de ses propres yeux cet univers si redouté.

La peur de l’étranger, de la mort, de la souffrance… est une arme bien redoutable et efficace qui tient, et tient encore, des populations entières sous le joug de tyrans impitoyables sans que personne ne songe une seule seconde à se révolter. Aujourd’hui en France, c’est la peur du chômage, des bougnoules délinquants et violeurs, du terrorisme, etc. qui ferme les gueules et abaisse les poings tendus. Le contrôle par la terreur. Nous vivons sous le règne « démocratique » de profiteurs manipulateurs.

Heureusement notre amie Maya, indisciplinée et incroyablement têtue, refuse en bloc les idées préconçues que l’on tente de lui imposer, et préfère laisser libre cours à sa curiosité naturelle pour obtenir les réponses aux questions qui l’intéressent. Et dès le deuxième épisode, Maya prend la décision de s’affranchir des règles et devoirs qui régissent la vie d’une abeille à la ruche pour prendre son indépendance, et voler, au sens propre du terme, de ses propres ailes afin de découvrir le monde par elle-même.

C’est un magnifique exemple de Liberté que nous donne ce dessin animé empreint de candeur et de poésie.

Au fil des épisodes Maya fera la rencontre d’insectes de toute sorte qui, chacun, auront une leçon de vie à lui donner. Elle sera accompagnée tout au long de ses aventures par Flip la sauterelle et Willy l’abeille. Le premier, un vagabond marginal dont la philosophie laisse parfois à désirer de par son manque de réalisme, son mentor et protecteur. Et le second, meilleur ami de la petite héroïne, lâche, pleutre, paresseux et gourmand, toujours prêt à passer outre ces défauts pour sortir son amie Maya des situations désastreuses dans lesquelles elle arrive à se fourrer avec plus de facilité qu’une petite bite dans le cul d’un acteur porno gay.

Quelques citations tirées du premier épisode de Maya l’abeille (par ordre chronologique) qui m’ont tantôt ému, tantôt choqué, et dont je vous laisse en tirer les conclusions qui s’imposent.

Soldat — « On nous donne des ordres, il faut bien qu’on obéisse.
Mademoiselle Cassandre — […] il faut aussi savoir distinguer entre les ordres intelligents et les ordres idiots.
Soldat — Ça mademoiselle vous nous l’avez pas appris… »

Maya — « Pourquoi vous m’avez donné ce nom ?
Mademoiselle Cassandre — C’est parce que tout le monde doit avoir un nom, c’est pour ça. »

Mademoiselle Cassandre — « Fini les rêves, maintenant il faut entrer dans la vie. »

Maya — « Pourquoi est-ce qu’elles font ça ?
Mademoiselle Cassandre — Parce que nous, les abeilles, nous l’avons toujours fait.
Maya — Bah c’est pas une réponse ça. »

Mademoiselle Cassandre — « Parce que tu es trop petite pour tout savoir. Voilà pourquoi. »

Maya — « De l’autre côté il y a le monde et moi j’ai pas le droit de le voir. »

Mademoiselle Cassandre — « Ce monsieur c’est Flip, la sauterelle. C’est une sorte de vagabond, c’est un type un peu à part. Il n’est pas du tout comme les abeilles. »

Mademoiselle Cassandre — « Les abeilles ne viennent pas au monde pour bavarder mais pour travailler. »

Mademoiselle Cassandre — « À l’extérieur il y a plein de dangers qui vous guettent. »

Maya — « Bin si c’est ça le monde, il n’y a pas de quoi s’émerveiller… »

Maya — « Si le monde est toujours aussi gai, et le ciel aussi bleu, ça vaut la peine. »

Maya — « J’ai rien fait de mal, je voulais seulement voir le monde. »

Une série d’animation à découvrir absolument, adulte ou enfant. Il n’est jamais trop tard pour s’évader.

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